Paru dans La Presse du 27 novembre 2013

November 27, 2013 Publié par
Bon parent, bon enseignant, bon entraîneur, mais…

Dominique Décarie Nous sommes des milliers de Québécois à avoir appris avec stupeur le démantèlement, par la Sureté du Québec, d’un réseau de cyberpédophiles, ayant mené à 28 arrestations aux quatre coins de la province. Comment est-ce possible, nous demandons-nous? Par quelle faille de la société un phénomène d’une telle violence envers les enfants et d’une telle ampleur peut-il y loger?

L’indignation des citoyens et la fermeté du système judiciaire face à ces agresseurs seront assurément à la hauteur de leurs crimes. À cet égard, les mesures prises pour le resserrement des peines carcérales des prédateurs sexuels d’enfants faciliteront, à moyen terme, une exclusion et une sanction plus marquées de ces individus. Mais est-ce que cela va suffire à protéger nos enfants?

La réponse est incertaine, mais nous sommes profondément convaincus que l’approche punitive est insuffisante à elle seule et doit être accompagnée d’autres interventions pour contrer le fléau social de la violence sexuelle envers les enfants. Ainsi, selon les données fournies par le ministère de la Sécurité publique en 2012, plus de 85% des enfants agressés sexuellement le sont par des personnes de leur entourage ou connues d’eux, et avec qui ils entretiennent souvent un lien de confiance et d’affection.

L’imaginaire populaire, largement nourri par les médias, aime bien penser qu’il suffirait de localiser, identifier, «tagger» tous les prédateurs sexuels connus des autorités pour protéger les enfants. Or, ces prédateurs ne représentent qu’une minorité de la population des agresseurs. La majorité d’entre eux sont souvent des individus que rien ne distingue du bon citoyen, bon parent, bon voisin.

Et pourtant, c’est là que sont commises la grande majorité des agressions sexuelles: dans l’apparence de la normalité, dans la vie de tous les jours, anodine, quotidienne, rassurante, où des comportements déviants et destructeurs côtoient, simultanément, oui, des comportements de bon parent, de bon enseignant, de bon coach, etc. Rien n’y paraît et c’est là le drame.

Or, la plupart des enfants agressés ne vivent pas en vase clos. Ils côtoient tous les jours des adultes, ils sont socialisés. Partout autour d’eux il y a des adultes pour voir et pour entendre. Les enfants sont sans défense, souvent sans parole et c’est une des responsabilités premières de la société de les protéger.

Alors, que peut-on faire de plus? Il faut absolument investir davantage dans la prévention, le dépistage et l’intervention spécialisée pour venir en aide aux victimes. Le Québec, à cet égard, a déjà une position de leader au sein de la francophonie mondiale et peut faire encore bien davantage. En 2005, le Centre d’expertise en agression sexuelle Marie-Vincent a vu le jour, et s’est imposé comme un véritable vecteur d’innovation sociale dans le domaine.

Nous sommes sur la bonne voie, mais devant l’urgence et la gravité de la situation, nous disons: il faut agir! Les résultats des enquêtes sur cette victimisation, au Québec comme dans la plupart des pays du G20, sont sidérants: on estime que près d’une fille sur cinq est agressée sexuellement avant l’âge de 18 ans. On parle d’un sur dix chez les garçons du même âge.

Face au fléau social de l’agression sexuelle des enfants, nous avons des choix importants de société à faire. Quels choix ferons-nous, collectivement, pour assurer la protection et le bien-être des enfants du Québec? La question est lancée.

 

Dominique Décarie
Présidente du conseil d’administration de la Fondation Marie-Vincent